Osteopathe Patrick Kuhn

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TMS au travail : quelle place pour l’ostéopathie en entreprise ?

Les TMS constituent aujourd’hui la première cause de maladies professionnelles reconnues en France.

Le travail peut mettre notre corps à rude épreuve.

Ces douleurs font souvent partie de ce que l’on appelle les troubles musculosquelettiques, ou TMS. Ils concernent les muscles, les tendons, les articulations et les structures qui leur sont associées. Ils peuvent apparaître progressivement et devenir suffisamment gênants pour perturber le travail, mais aussi le sommeil, les loisirs et la vie quotidienne.

On pense spontanément à la posture ou aux gestes répétitifs. Pourtant, les TMS sont généralement multifactoriels : contraintes physiques, organisation du travail, répétition des gestes, rester statique pendant des heures d’affilée, récupération insuffisante, stress et facteurs individuels peuvent se conjuguer.

C’est précisément cette multiplicité qui rend intéressante une approche globale de leur prévention.

L’ostéopathie peut y trouver sa place, en complément des actions essentielles menées sur l’ergonomie, l’organisation et les conditions de travail.

Comprendre les troubles musculosquelettiques

Les TMS regroupent différentes affections qui touchent principalement les muscles, les tendons et les articulations.

Ils concernent fréquemment le dos, la nuque, les épaules, les coudes, les poignets ou les mains.

Leur apparition est rarement brutale. Bien souvent, le corps commence par s’adapter.

Une position maintenue longtemps, un même geste répété plusieurs centaines de fois, un poste mal adapté ou une activité physique exigeante obligent certaines régions du corps à travailler davantage. Pendant un temps, l’organisme compense.

Puis peuvent apparaître une fatigue musculaire, une raideur, une gêne intermittente et enfin une douleur plus persistante.

La douleur est donc parfois l’aboutissement d’une période d’adaptation qui a commencé bien avant elle.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la prévention des TMS ne devrait pas commencer uniquement lorsque le salarié a mal.

 

Les causes les plus fréquentes

Il n’existe généralement pas une cause unique aux TMS. Plusieurs facteurs peuvent s’additionner.

Les contraintes physiques sont les plus évidentes : gestes répétitifs, manutention de charges, mouvements réalisés en force, vibrations, positions maintenues longtemps ou travail avec les bras en hauteur.

Mais la sédentarité constitue elle aussi une contrainte. Rester plusieurs heures devant un écran sollicite le corps différemment, mais tout autant. Une position n’est d’ailleurs pas nécessairement « mauvaise » en elle-même : c’est souvent le fait de la maintenir trop longtemps sans bouger qui devient problématique.

L’organisation du travail joue également un rôle important : rythme soutenu, manque de pauses, faible autonomie, contraintes de temps ou récupération insuffisante peuvent favoriser l’apparition ou la persistance des troubles.

Enfin, le stress ne doit pas être négligé. Lorsqu’il devient chronique, il peut modifier le tonus musculaire, la respiration, le sommeil et la perception de la douleur.

Les TMS se trouvent ainsi souvent au croisement de plusieurs dimensions : mécanique, physiologique, organisationnelle et psychosociale.

Le regard de l’ostéopathie

Face à une douleur professionnelle, l’approche ostéopathique ne consiste pas seulement à regarder l’endroit qui fait mal.

Pourquoi cette épaule est-elle devenue douloureuse ? Pourquoi cette nuque se contracte-t-elle régulièrement ? Pourquoi une lombalgie revient-elle après certaines journées de travail ?

L’examen peut conduire l’ostéopathe à s’intéresser à la mobilité des articulations, à la colonne vertébrale, au bassin, aux épaules, à la cage thoracique ou encore à la respiration.

Car l’endroit où la douleur s’exprime n’est pas nécessairement le seul endroit impliqué dans son apparition.

Prenons l’exemple d’une personne travaillant quotidiennement devant un ordinateur. Une douleur cervicale peut être associée à la mobilité du haut du dos, des épaules et de la cage thoracique, mais aussi à la manière dont elle respire ou organise son poste de travail.

L’objectif est donc de replacer le symptôme dans le fonctionnement général du corps et dans l’environnement professionnel de la personne.

Et en entreprise ?

C’est probablement ici que l’intervention ostéopathique prend une dimension particulièrement intéressante.

Attendre que la douleur soit suffisamment importante pour consulter revient à intervenir relativement tard dans le processus.

Une démarche en entreprise peut permettre de sensibiliser les salariés aux premiers signaux : raideurs récurrentes, fatigue musculaire, diminution de mobilité, inconfort qui disparaît pendant les vacances mais revient avec le travail…

L’ostéopathe peut également participer à une démarche plus large associant information, mouvement, conseils individualisés et sensibilisation aux contraintes corporelles du poste de travail.

Il faut cependant conserver une distinction importante : une intervention ostéopathique ne remplace ni l’ergonomie, ni la médecine du travail, ni l’amélioration des conditions et de l’organisation du travail. Une douleur provoquée quotidiennement par un poste inadapté risque de revenir si l’on ne modifie pas sa cause.

L’ostéopathie constitue donc un outil complémentaire dans une politique globale de prévention des TMS, et non une solution isolée.

Le regard de la médecine traditionnelle chinoise

La médecine traditionnelle chinoise propose une autre lecture du corps.

La douleur est traditionnellement interprétée comme le signe d’une circulation perturbée ou ralentie du Qi, que l’on traduit généralement par « énergie », et du Sang.

Une formule classique résume cette conception :

« Là où il y a libre circulation, il n’y a pas de douleur ; là où il y a obstruction, il y a douleur. »

 Il faudra donc mettre le corps en mouvement et le mental au repos ! Ici la pratique du Qi Gong de la tradition chinoise ou du Taïso de la tradition japonaise peuvent apporter une aide dans la prévention des TMS. Par une pratique régulière chez soi ou sur site, ces routines de mobilisation du corps, d’exercices de respiration et de relaxation vont permettre de mieux s’adapter aux contraintes liées au travail.

Cette lecture énergétique ne se substitue pas au diagnostic médical ou aux connaissances biomécaniques sur les TMS. Elle offre une grille de lecture complémentaire, dans laquelle la douleur est replacée dans l’état général de la personne et son environnement.

C’est aussi ce qui peut rendre complémentaires, selon les situations, une approche ostéopathique et une approche énergétique.

Quelques conseils

  • Changez régulièrement de position plutôt que de rechercher une posture parfaite.
  • Alternez les tâches lorsque l’organisation du travail le permet.
  • Faites de vraies pauses. Quelques pas, quelques mouvements ou quelques respirations permettent de rompre les périodes prolongées d’immobilité.
  • Réglez les outils et le poste selon l’activité réellement effectuée.
  • Maintenez une activité physique adaptée en dehors du travail.

Les actions individuelles sont utiles, mais elles ne doivent pas faire porter toute la responsabilité au salarié. L’employeur doit évaluer les risques et mettre en place des mesures de prévention adaptées.

Conclusion

Dans l’entreprise, cette prévention doit être collective autant qu’individuelle : amélioration des conditions de travail, ergonomie, organisation, activité physique, sensibilisation et accompagnement des salariés sont complémentaires.

L’ostéopathie peut trouver sa place dans cette démarche en apportant un regard individualisé sur la mobilité, les contraintes et les adaptations du corps. L’approche énergétique peut, lorsqu’elle est pertinente, proposer une lecture complémentaire prenant davantage en considération l’état général, la fatigue et le vécu émotionnel.

L’objectif n’est finalement pas seulement de soulager le corps lorsqu’il fait mal, mais d’apprendre à l’écouter suffisamment tôt pour éviter, lorsque cela est possible, que la gêne ne s’installe durablement.

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